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La Belgique condamnée pour manque d'inclusion scolaire des enfants porteurs d'un handicap intellectuel

03-02-21 18:06:00

La Belgique condamnée pour manque d'inclusion scolaire des enfants porteurs d'un handicap intellectuel

Pour les enfants atteints de déficience intellectuelle, la décision de ce 3 février en est une. L'Europe condamne la Belgique pour manque d'inclusion de ces enfants dans l'enseignement ordinaire.Une décision qui marque l'aboutissement de quatre ans de combat juridique mené par un collectif de parents, représenté par Inclusion Europe et la Fédération Internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH), avec l'appui d'Unia et du Délégué Général aux Droits de l'Enfant.

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"Ce jour est une victoire. J'espère qu'il marquera le début d'une nouvelle ère" réagit Muriel Baumal, maman de Loïc, un petit garçon atteint de trisomie 21."On pense trop souvent que ces enfants ne sont pas aptes à apprendre" Loïc a 9 ans. Il est porteur de ce qu'on appelle un handicap de type 2 : une déficience intellectuelle modérée à sévère.

Loïc est un petit garçon comme les autres, avec un chromosome en plus. "Loïc était le candidat parfait pour l'enseignement spécialisé" explique sa maman. Mais elle en a décidé autrement. Depuis des années, Muriel Baumal se bat pour que Loïc puisse trouver sa place dans l'enseignement ordinaire. headtopics.com

Si l'école Singelijn ne l'avait pas accueilli, aucune école ne l'aurait accepté Pourtant, le système semble bien lui convenir. "C'est chouette!" réagit-il devant notre caméra. "Loïc, c'est comme un petit frère" ajoutent ses camarades.

Quand il est arrivé à l'école, en maternelle, Loïc ne savait pas parler. En quatre ans, ses progrès sont considérables. Il parvient à s'exprimer, apprend à lire, à écrire, à compter. "Ici, Loïc n'a pas dû montrer ce dont il était capable pour qu'on lui donne la possibilité d'apprendre. C'est fondamental. Car s'il avait dû au préalable démontrer des aptitudes, il n'aurait pas pu. Or on voit aujourd'hui que cela porte ses fruits" témoigne Muriel Baumal.

Le problème, c'est qu'un nombre important d'écoles refusent ce type d'élèves.Le diagnostic de déficience intellectuelle, c'est comme un pronostic de vie, qui donne le droit ou pas d'apprendre. "Les stéréotypes sur la déficience intellectuelle sont très ancrés. Les enseignants de l'ordinaire pensent qu'ils ne sont pas aptes à aider ces enfants, que cela relève du spécialisé. Ils pensent parfois que ces enfants ne sont pas aptes à apprendre".

Des refus en cascade A l'école Singelijn, un enfant sur dix est porteur d'un handicap. Un mélange qui semble porteur pour chacun. "Il y a énormément de solidarité entre les élèves. Loïc s'est fait des amis, qui sont devenus en quelques sorte ses tuteurs. Ses plus grands experts, ce sont ses pairs" explique sa maman. headtopics.com

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Mais ce genre d'établissements se comptent sur les doigts de la main. "Pas étonnant!" pour le directeur de Singelijn, Dominique Paquot. "Rien n'a été pensé pour ces enfants à besoins spécifiques" s'insurge-t-il.

Beaucoup d'écoles ou d'enseignants voudraient se lancer, mais il y a tellement de freins qu'ils n'y parviennent pas! Exemple : les méthodes d'évaluation. "Je me fais taper sur les doigts parce que la moyenne de mes élèves au CEB n'est pas brillante ! Mais comment voulez-vous que la moyenne soit aussi haute qu'ailleurs alors que j'accueille de nombreux enfants à besoins spécifiques! On nous dit qu'il faut faire de l'école inclusive, mais, in fine, en fin de 6ème primaire, l'examen est le même pour tout le monde ! A la fois, on nous dit de favoriser l'inclusion, et à la fois, on nous met des freins au niveau des objectifs !" dénonce Dominique Paquot.

Autre problème, et non des moindres : le manque de moyens humains et financiers alloués aux écoles pour prendre en charge les enfants porteurs d'un handicap intellectuel. A Singelijn, si le système fonctionne, c'est grâce à un renfort d'enseignants formés qui viennent ponctuellement dans les classes faire de l'accompagnement différencié. Sans cela, la formule serait difficilement tenable pour les instituteurs.

"On se sent abandonné. On n'a pas notre place dans la société" A cause de ces freins, nombreuses sont les écoles qui refusent ce type d'enfants, pour les rediriger vers le spécialisé. Des méthodes remises en question par le Comité Européen des Droits Sociaux, qui estime que notre enseignement est trop ségrégé. Pour le Comité, l'enseignement spécialisé devrait être l'exception et l'inclusion dans l'ordinaire la norme. Or en Belgique, c'est le contraire. headtopics.com

L'orientation vers le spécialisé est souvent très mal vécue par les parents. Nous avons recueilli le témoignage de Fouzia Benhsain, maman de Basma, fillette de 8 ans atteinte de trisomie 21. Depuis son plus jeune âge, Basma est scolarisée dans une école ordinaire à Molenbeek, avec sa grande soeur. Mais l'école vient de signifier aux parents qu'elle n'avait plus les moyens de la prendre en charge.

C'est très dur à vivre. Le handicap n'est toujours pas accepté socialement" "Quand j'ai appris la décision, j'ai pleuré pendant une semaine. Je me suis sentie abandonnée. Ma fille se sentait bien dans son école, elle avait des amis, elle progressait. C'est très dur. C'est comme si on n'avait pas notre place. Je n'ai pas les mots pour décrire cela" raconte Fouzia Benhsain.

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"Les familles défavorisées n'ont pas accès à l'inclusion" Autre frein à l'inclusion des enfants porteurs d'une déficience intellectuelle modérée à sévère dans l'enseignement ordinaire : le manque de soutien financier aux parents. "S'ils sont dans l'enseignement spécialisé, les frais de logopédie et autres sont pris en charge. Mais s'ils sont dans l'ordinaire, ce n'est plus remboursé! Or ces enfants nécessitent 2,3,4 séances de logopédie par semaine ! L'addition devient vite considérable. Ce n'est pas normal. Dans les faits, tout le monde ne peut pas y avoir accès" déplore Muriel Baumal.

Pour toutes ces raisons, le Comité Européen des Droits Sociaux conclut que le droit à une éducation inclusive n'est pas garanti en Belgique. "On attendait cette décision depuis 4 ans. On espère vraiment qu'elle pourra amener une évolution concrète" explique Thomas Dabeux, de l'ASBL Inclusion.

En Fédération Wallonie-Bruxelles, seuls 98 enfants du type 2 bénéficient d'une intégration dans une école ordinaire. Ce chiffre représente à peine 1% de la totalité des intégrations, qui s'élèvent au nombre de 6709 en 2019. On estime pourtant que 3% des enfants présentent une déficience intellectuelle.

Quels changements pour l'avenir? La condamnation de la Belgique va-t-elle générer du changement? C'est ce que promet la ministre de l'Education, Caroline Désir (PS). "Ca ne fait jamais plaisir d'être condamné sur un sujet pareil. Cela prouve qu'on peut faire beaucoup mieux. La plainte a été déposée il y a quatre ans, quand je n'étais pas encore ministre. Depuis cette plainte, plusieurs choses ont déjà été réalisées, dont la mise en place de classes à visée inclusive. Mais nous voulons encore renforcer ces mesures pour aller beaucoup plus loin en la matière".

La ministre promet l'organisation d'une table ronde prochainement avec les acteurs de terrain. Par ailleurs, une réforme de tout le système d'intégration est en cours. Mais cette réforme suscite, pour l'instant, beaucoup d'inquiétudes sur le terrain.

Une réforme qui suscite de l'inquiétude Jusqu'à présent, les enfants en intégration dans une école ordinaire pouvaient être accompagnés 4 heures par semaine par un professeur provenant de l'enseignement spécialisé. Mais bientôt, ce système devrait être remplacé par celui des "pôles territoriaux" , approuvé en première lecture par le gouvernement.

Ces pôles regrouperont des équipes pluridisciplinaires (enseignants, kinés, logopèdes,...) réparties équitablement sur tout le territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. "Pour l'instant, les moyens sont très mal répartis, certaines écoles font beaucoup d'intégration et d'autres pas du tout. Le but, c'est de rééquilibrer pour que où que l'on se trouve, chaque enfant puisse être pris en charge" explique Caroline Désir.

Il faut un meilleur accompagnement des profs de l'enseignement ordinaire. Pour le directeur de Singelijn, cette réforme pose beaucoup de questions. "Je crains que ce ne soit un vrai retour en arrière. Avant, chaque enfant en intégration bénéficiait automatiquement de 4h/semaine d'aide d'un enseignant du spécialisé. Je ne pense pas que les pôles territoriaux permettront de continuer de bénéficier de ces moyens humains".

"Ces pôles nous laissent tout aussi perplexes. On n'est pas certain que cela permettra de mieux accompagner ces enfants. Cela laisse les familles dans une incertitude difficile à gérer" ajoute Thomas Dabeux, de l'ASBL Inclusion.

De son côté, la ministre se veut rassurante : "Je comprends que le changement fasse peur mais le but est vraiment d'améliorer l'accompagnement des enfants et des enseignants. A terme, il est possible que les écoles qui faisaient beaucoup d'inclusion ressentent une différence, mais c'est dans le but de rééquilibrer les moyens entre écoles. Cela se fera très progressivement".

"Les équipes de l'enseignement ordinaire ne sont pas toujours formées pour accompagner les enfants à besoins spécifiques. Il ne faut pas sous-estimer la charge que c'est pour eux. C'est pour cela que leur accompagnement est primordial, et c'est cela qu'on veut vraiment améliorer" ajoute Caroline Désir.

L'ensemble des acteurs souligne néanmoins une vraie volonté de dialogue. "On espère que cette condamnation sera le point de départ pour mettre en place un vrai plan de transition vers une école inclusive" conclut l'ASBL Inclusion.

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Bravo! Mais les équipes éducatives l’accepteront elles ? Il y a un tel rejet social de la différence, c’est d’abord cela qu’il faut traiter. Faire des tables rondes, des projets de lois ça ne servira à rien si les principaux intéressés n’en veulent pas.