Bruno Le Maire : « Notre grande distribution peut réussir sans se vendre à des étrangers »

Bruno Le Maire : « Notre grande distribution peut réussir sans se vendre à des étrangers »

22/01/2021 08:15:00

Bruno Le Maire : « Notre grande distribution peut réussir sans se vendre à des étrangers »

Une semaine après avoir mis son veto au rachat de Carrefour par le canadien Couche-Tard, le ministre de l'Economie s'explique dans un entretien aux « Echos ». Bruno Le Maire défend un Etat régulateur de l'économie. Sa doctrine : ne pas céder le contrôle de nos fleurons, mais accueillir les investissements étrangers.

Mis à jour le 22 janv. 2021 à 6:40« L'Etat n'a pas vocation à diriger une entreprise concurrentielle à la place des actionnaires qui ont les compétences et le savoir-faire pour le faire mieux que lui », affirmiez-vous en 2018. Au vu de votre décision sur Carrefour, cette phrase est-elle encore d'actualité ?

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Oui. Cela reste totalement d'actualité. C'est bien ce qui nous a amenés à céder des participationsdans la FDJou ce qui m'avait poussé à demander la cession de parts dans Aéroports de Paris, dont les principaux revenus sont générés par des boutiques de luxe, des parkings ou des hôtels. Ma doctrine est simple : il faut faire une distinction très claire entre l'Etat actionnaire et l'Etat régulateur.

L'Etat n'a pas vocation à être actionnaire d'entreprises dans des secteurs autres que l'énergie, le nucléaire, les transports ou la Défense.Il protège les entreprises qui engagent la sécurité du pays et des Français. Ce rôle est d'autant plus nécessaire dans un moment de crise où les risques de prédation n'ont jamais été aussi élevés. headtopics.com

En quoi l'opération Carrefour, qui était une opération amicale, allait contre l'intérêt général ?De quoi parlons-nous ? Du premier employeur privé du pays, employant plus de 100.000 salariés sur tout le territoire français. Imaginons qu'un acteur étranger veuille acquérir le premier employeur d'Allemagne ou Walmart aux Etats-Unis, quelle serait la réaction du gouvernement allemand ou américain ?

Nous parlons aussi d'un acteur qui représente 20 % de la distribution alimentaire en France.L'enjeu, c'est à la fois la sécurité alimentaire des Français et la protection de nos filières agricoles.Je remarque que le soutien le plus fort à ma position est venu de producteurs agricoles et de la FNSEA.

Mais l'idée que la distribution joue un rôle essentiel dans la sécurité alimentaire du pays est contestée…Je suis surpris par cette contestation. Les règles du jeu sont connues de tous et très claires. Nous avons revu en 2019 le dispositif de contrôle des investissements étrangers dans le cadre de la loi PACTE et nous avons ajouté la distribution alimentaire parmi les secteurs pour lesquels une autorisation de l'Etat est nécessaire. C'est aussi ce qui est prévu par le règlement européen sur les investissements étrangers en Europe. Pourquoi ? Parce que nous devons être en mesure de maîtriser la chaîne d'approvisionnement alimentaire, d'un bout à l'autre de cette chaîne.

Lire aussi :ANALYSE - Couche-Tard : l'occasion manquée pour CarrefourRegardez ce que nous montre cette crise : en raison d'un virus, les biens et les produits peuvent arrêter de circuler entre les pays. Les risques pesant sur l'approvisionnement de nos concitoyens sont donc une réalité. Ne considérons pas que le monde d'après la pandémie sera le même que le monde d'avant. Nous devons préserver notre capacité de production alimentaire, comme nous devons la renforcer sur d'autres biens essentiels, comme les médicaments. headtopics.com

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J'ajoute enfin que Carrefour a inscrit « la valorisation des territoires et des produits français » dans sa raison d'être. Qu'est ce qui nous aurait garanti que cette raison d'être, et d'une manière générale que ce modèle vertueux de valorisation des filières françaises, aurait été préservé ? Tout se tient :

sécurité alimentaire, défense de nos filières agricoles, valorisation de notre mode de vie. Je me réjouis de voir que toutes les enseignes de la distribution française sont engagées dans cette voie.N'était-il pas possible de laisser les entreprises essayer de vous convaincre ? Vous avez refermé le dossier très rapidement…

La sécurité alimentaire des Français ne se négocie pas. Les règles sont connues de tous. J'ai échangé avec le directeur de Couche-Tard et les autorités canadiennes pour leur expliquer mon choix. En revanche, je ne suis évidemment pas opposé à des partenariats entre grands groupes,

comme Carrefour et Couche-Tard ont commencé à le faire. J'ai eu l'occasion de le dire à Alexandre Bompard, qui effectue un travail remarquable de redressement du groupe.Vous demandez donc à chaque groupe de venir vous voir s'il envisage un rapprochement avec un acteur étranger ? headtopics.com

Toute entreprise est libre, bien entendu ! Mais il y a des règles économiques dont je suis le garant. La liste des secteurs nécessitantune autorisation de l'Etatn'est pas confidentielle, elle figure dans le décret sur les investissements étrangers en France et dans le règlement européen. Nous avons même donné la possibilité pour les entreprises qui le souhaitent de venir nous consulter au préalable. Je recommande à chacun de se servir de cette faculté.

La liste des secteurs stratégiques s'est beaucoup allongée depuis quelques années…Mais tous les grands Etats ont fait ce choix ! Cela fait des années que la Chine et les Etats-Unis défendent leurs intérêts économiques avec des dispositifs de contrôle des investissements étrangers autrement plus stricts que les nôtres ! La France et l'Europe doivent disposer des mêmes armes que leurs principaux compétiteurs mondiaux.

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Bonne nouvelle : l'Europe commence enfin à prendre conscience de l'intérêt de réglementations similaires. Le monde qui vient ne fera aucun cadeau aux continents qui ne savent pas défendre leurs intérêts stratégiques.

Le risque n'est-il pas de dissuader l'investissement étranger ? La France est déjà derrière l'Allemagne ou l'Italie en part d'investisseurs étrangers dans les groupes cotés et cette part ne fait que décliner…

Revenons un instant aux réalités : la France est devenue, grâce à la politique économique du président de la République, la première terre d'accueil des investissements étrangers en Europe avec près de 1.200 projets accueillis en 2019. Avec le Brexit, nous devenons une des grandes places financières en Europe avec 2.500 emplois créés en deux ans. Les entreprises étrangères et les investisseurs étrangers sont les bienvenus en France. La qualité des entreprises qui participeront lundi prochain au sommet Choose France autour du président de la République en est un très bon témoignage.

Malgré les crises, nous avons maintenu tous nos choix fiscaux favorables aux entreprises : baisse de la fiscalité du capital, baisse de l'impôt sur les sociétés et baisse des impôts de production. Nous avons aussi allégé les règles du marché du travail et simplifier les règles administratives sur la vie des entreprises. Vous n'appelez pas cela une politique d'attractivité ambitieuse ?

Est-ce que le message ne perd pas de sa cohérence quand par ailleurs on cède Les Chantiers de l'Atlantique à un Italien ?Notre message est clair et cohérent : nous voulons être attractifs, mais nous nous battons aussi pour des coopérations industrielles européennes dans tous les secteurs à haute valeur ajoutée où les besoins financiers sont considérables. Je pense par exemple à la stratégie quantique annoncée hier par le président de la République,

à la filière des batteries électriques ou à l'hydrogène.Il est légitime de distinguer les investissements européens des non-européens.Les premiers obéissent à des règles de contrôle, choisies de manière souveraine. Ces investissements se font dans un marché unique, avec des normes sociales, environnementales, sanitaires, de production, qui sont les mêmes. Nous avons par exemple soutenu

le mariage de PSA avec FCA. Cette opération créée un champion mondial automobile, sur la base de règles européennes communes. Elle va ouvrir de nouveaux marchés à PSA tout en mettant en commun des plateformes et des technologies. Cette fusion est créatrice de valeur et d'emplois.

Le siège social du nouveau groupe, Stellantis, sera aux Pays-Bas et non en France. Cela ne vous dérange pas ?Cela montre bien tout le chemin qui nous reste à parcourir pour une véritable harmonisation fiscale en Europe !Si demain, le secteur du tourisme - stratégique pour la France - est visé, avec une entreprise étrangère qui lance une offre sur un groupe comme Accor, vous diriez non ?

Ne prenons pas de cas particulier. Les règles sont connues de tous, nous les ferons respecter. Dans ces périodes de grandes turbulences, où chacun voit bien que des entreprises peuvent être bousculées par des opérations hostiles, la plus grande vigilance est de mise.

En disant « non » à ce rachat, on peut aussi dire que vous privez Carrefour de moyens qui lui auraient permis d'investir, alors que les groupes de ce secteur vont mal. Il était question de 3 milliards…Mais 3 milliards avec quelles contreparties ? Je crois assez peu à la philanthropie en matière économique. En revanche, nous devons réfléchir au modèle de développement économique de la grande distribution. Les défis sont considérables : digitalisation, vente à emporter, valorisation de nos filières agricoles, développement du bio, réduction de la taille des magasins, présence dans les centres-villes.

Nous allons engager de nouvelles discussions avec les représentants des enseignes françaises. Ma conviction, c'est que la grande distribution en France a tous les atouts pour réussir sans avoir à se vendre à des concurrents étrangers. Reste la question plus globale du financement de notre économie et de la capitalisation de nos grands groupes : ce sont de vrais sujets. Le gouvernement se bat pour inciter les Français à placer leur épargne dans les entreprises et pour que celles-ci puissent faire des levées de fonds plus importantes. Nous devons absolument avoir d'autres choix que de céder nos entreprises.

Le rachat d'Alstom par General Electric, qui a eu de lourdes conséquences sur l'emploi et certaines filières industrielles, explique votre gestion de l'affaire Carrefour ? Y a-t-il un avant et un après Alstom ?Ce qui compte aujourd'hui, c'est que

GE réussisse sa transformationpour maintenir une empreinte industrielle et des emplois en France dans des domaines comme les énergies renouvelables, l'éolien offshore. GE a créé 350 emplois à Cherbourg et Saint-Nazaire. A Belfort, nous travaillons avec les acteurs du territoire pour rebondir et diversifier les filières. Nous sommes en contact régulier avec le président de GE, Larry Culp.

Vous parlez d'un risque de prédation sur l'économie française. Vous en voyez des manifestations ?Oui, il y a des signaux en ce sens. Nous surveillons certains projets. La course technologique qui est engagée aujourd'hui rend notamment certaines de nos PME ou start-up très attractives. Nous devons être vigilants, surtout lorsque de l'argent public a été investi. La prise de contrôle de pépites technologiques, dans les microprocesseurs ou la chimie par exemple poserait des difficultés réelles.

L'enveloppe de 100 milliards du plan de relance va-t-elle être augmentée, comme Emmanuel Macron l'a laissé entendre ?La clé de la réussite de France relance, c'est son exécution. Il y a 100 milliards d'euros de prévus et des dispositifs qui rencontrent un succès spectaculaire. Je pense par exemple au guichet pour la numérisation d'entreprises industrielles, avec près de 7.000 dossiers déposés. Ou encore à l'ensemble des appels à projets pour l'industrie, avec fin 2020, 815 projets retenus en 2020, dont 70 % de PME.

Notre priorité c'est d'aller plus vite et de décaisser plus que les 40 milliards d'euros en 2021. Il y a en ce moment deux économies : celle qui est au désespoir, frappée de plein fouet et celle qui a déjà redémarré. Il faut protéger la première et accompagner le rebond de la deuxième.

Une imposition sur le patrimoine devient une idée que même Alain Minc défend. La France n'est-elle pas à contre-courant ?Nous avons baissé les impôts de 44 milliards d'euros sur le quinquennat. C'est la plus forte baisse depuis 20 ans ! Mais il faut regarder d'où nous partons : nous avons le taux de prélèvement obligatoire le plus élevé du monde, y compris sur le capital. Il reste encore du chemin à parcourir, tant du côté des ménages que des entreprises, après des décennies de hausse d'impôts.

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Panne, vétusté, les 'galériens' du RER B au bord de la crise de nerfs

BrunoLeMaire Bande d'escrocs... BrunoLeMaire Les explications de Bruno Le Maire toujours pertinentes BrunoLeMaire Il faut prévoir à 5 ans, aujourd’hui les ENR sont un marché qui font bouger des sommes gigantesques. La France est spoliée d’Alstom. Pour Carrefour, la robotisation va augmenter la marge, supprimer de l’emploi inévitablement mais décupler la valeur du groupe. Le Ministre a raison

BrunoLeMaire Il faut prévoir à 5 ans, aujourd’hui les ENR sont un marché qui font bouger des sommes gigantesques. La France est spoliée d’Alstom. Pour Carrefour, la robotisation va augmenter la marge, supprimer de l’emploi inévitablement mais décupler la valeur du groupe. Le Ministre a raison Nous pouvons faire ça avenir lancé par 'notre grande distribution'.

BrunoLeMaire Vous avez eu tort BrunoLeMaire ... Ne venez pas pleurer quand Carrefour va devoir fermer de nombreux magasins où qu’à l’international il sera inexistant... étonnante décision! Arnault actionnaire principal de Carrefour ne va pas apprécier de ne pas pouvoir se débarrasser de Carrefour Ces gens ont tué notre industrie française en passant au dessus de notre intérêt national par leurs ventes contrairement aux Allemands aussi le commerce avec Carrefour

L'ingérence incessante de ce Etat inefficient et dispendieux est insupportable. Désolé M. le ministre GroupeCarrefour est un groupe côté. Surprenant de votre part de revenir sur les fondamentaux de l'économie que vous défendez parfois avec tant d'ardeur. Deux poids deux mesures... Elections2022