Liban, Journaliste, Sophıe Guıgnon

Liban, Journaliste

In Sophie Guignon We Trust, rapporter des histoires humaines

In Sophie Guignon We Trust, rapporter des histoires humaines

23-10-21 14:06:00

In Sophie Guignon We Trust, rapporter des histoires humaines

Dans la série In… We Trust (en français : 'Nous croyons en'), Les Grenades vont à la rencontre de femmes arrivées là...

Franco-libanaise, la journaliste de 28 ans est basée au Liban depuis trois ans. Elle était de retour en France début octobre à l’occasion du Festival International du Grand Reportage d’Actualité et du Documentaire de Société où son équipe et elle étaient sélectionnées. Elle en a profité pour venir nous saluer en Belgique. L’occasion de la faire parler de son parcours de reporter de terrain. Un exercice inhabituel pour celle qui a pour métier d’écouter autrui…

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"Papa, maman, je veux devenir journaliste au Moyen-Orient" Le récit de Sophie Guignon commence par celui d’une autre femme… Sa maman qui quitte le Pays du Cèdre à la fin des années 80. Le Liban est alors en pleine guerre civile."Elle était infirmière, elle devait accompagner des orphelins libanais en France pour une ONG. Elle est restée et elle a rencontré mon père." Enfant, Sophie grandit en France assez éloignée de la culture libanaise et de la langue arabe. Ses parents et elle visitent à cette époque le Liban tous les deux à trois ans.

►►► Retrouvez en cliquant ici tous les articles des Grenades, le média de la RTBF qui dégoupille l’actualité d’un point de vue féministe"Quand j’ai eu 18 ans, j’ai commencé à y aller toute seule." Fille de mots, commence une prépa littéraire à Paris et rêve à son avenir… Un jour, elle assiste à une conférence ; des journalistes qui ont couvert les printemps arabes y présentent leurs expériences de terrain."À l’époque, je ne savais pas trop ce que je voulais faire de ma vie. Lors de ce café-débat, je me suis reconnue dans les discussions. C’était le genre de discours que j’avais envie d’avoir sur le monde, le genre d’aventures que j’avais envie de vivre. J’ai eu un déclic : j’allais devenir journaliste au Liban. Le soir même, j’ai appelé mes parents pour leur annoncer la nouvelle, il était 23h. Je crois que ma mère s’est dit ‘oh mince espérons que ça lui passe..’", se souvient-elle en riant. headtopics.com

À sa sortie de l’école de journalisme de Strasbourg, en 2015, la jeune femme se fait engager par France24. Elle travaille au desk TV à Paris. Une expérience formatrice, mais son esprit, lui, vogue au loin, au-delà de la Méditerranée…

Guérir du passé et survivre aux crises En 2017, elle prend sa décision : elle quitte son job, sa ville, sa vie, et part s’installer à Beyrouth pour apprendre l’arabe. Rapidement, elle trouve un travail dans une société de production de documentaires et se construit ses repères."À l’époque, une amie journaliste m’avait dit ‘je pense qu’inconsciemment tu es là pour réconcilier ta mère avec le pays’. En effet, ma maman fait partie de tous ces gens qui ont fui le Liban pendant la guerre, souvent traumatisés par les horreurs de quinze années de conflits meurtriers. Je pense que ce qu’a dit mon amie était vrai…"

En 2017, la situation économique libanaise est déjà critique. Sans parler des problèmes d’eau, d’électricité, de pollution, de corruption qui minent le pays depuis des années. Néanmoins, les premiers mois de la reporter sont relativement stables."Au début, ma mère est revenue plusieurs fois me visiter, on a vécu des trucs très sympas. Mais aujourd’hui, c’est moi qui suis fâchée, ou en tout cas de plus en plus fâchée avec le pays."

La colère de Sophie Guignon est celle de nombreux·ses Libanais·es. Le pays vit aujourd’hui un véritable effondrement. Il parait loin l’espoir de la tawra, l’immense soulèvement de population contre la classe politique corrompue né en octobre 2019."C’était un moment porteur de changement, de réconciliation. C’était la première fois depuis la fin de la guerre civile que les gens pouvaient enfin se dire ‘notre vie peut être autre chose’." headtopics.com

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En tant que documentariste du réel, elle se trouve au cœur du mouvement qu’elle suit pendant plusieurs mois."Il y a une chose qui m’a beaucoup marquée dans mes images ; les personnes avaient sur le visage un sourire que je n’avais jamais vu avant, un sourire de dignité retrouvée. Aujourd’hui, ces sourires n’existent plus. La crise économique les a emportés", confie-t-elle les larmes aux yeux.

En effet, la crise économique qui avait été le déclencheur du soulèvement s’intensifie au fil des mois. Quand vient l’hiver 2019-2020, alors que les manifestations continuent, la chute s’accélère encore plus. Ensuite, comme le reste du monde, le Liban subit la crise sanitaire. La pandémie décuple les difficultés économiques et vient mettre un coup d’arrêt net aux contestations.

L’inimaginable se produit Durant l’été 2020, comme ailleurs le Liban déconfine. Les gens retrouvent leur liberté de mouvement dans ce pays qui ne dort jamais. Et puis c’est la tragédie ultime : le 4 aout 2020, le port de Beyrouth explose. Un drame survenu pour cause de négligence des autorités, d’énormes quantités de nitrate d’ammonium y étaient stockés depuis 2013.

La double explosion a fait plus de 200 morts et plus de 6 500 blessés. Deux semaines plus tôt, Sophie Guignon devenait correspondante pour la RTBF et déménageait à Gemayze, un quartier très festif proche du port. Au moment de l’explosion, heureusement, elle est en dehors de la ville : son appartement, lui est fortement endommagé."Dans un premier temps, j’ai d’abord voulu savoir qui était en vie, qui ne l’était plus. Ensuite sont venues les questions matérielles." headtopics.com

J’avais aussi cette image clichée un peu viriliste du reporter, mais on peut mettre de la douceur plutôt que de la force pour débloquer des situations En arrivant dans son quartier, elle ne le reconnait plus."Les rues étaient couvertes d’un tapis de verre. Toutes les vitres aux alentours avaient volé en éclat. J’étais en sandales, le crac du verre sous mes pieds, c’était comme si à chaque pas quelque chose se brisait en moi. Tous les endroits que j’avais fréquentés, en un claquement doigt, ils n’existaient plus."

Journaliste de terrain, cette nuit-là son métier prend tout son sens."Avoir été journaliste à ce moment-là, c’était ma manière de me sentir utile. Mon téléphone n’arrêtait pas de sonner, les chaines m’appelaient pour les directs. La RTBF a été hyper bienveillante. La rédactrice en chef m’a proposé des solutions pratiques face à mes difficultés. Je dois préciser que tous les médias ne font pas ça, surtout pas avec les pigistes !"

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A l’hôpital, où elle filme la situation avec sa collègue Chloé Domat, en interviewant le directeur des urgences, elle fait un parallèle avec l’histoire de sa mère."Cette soirée était ce qui a pu être sa réalité pendant la guerre… J’ai compris pourquoi elle avait décidé de partir, pourquoi elle ne m’avait pas appris l’arabe et ça a apporté un peu de douceur à toute cette horreur."

Sophie Guignon en direct du Liban (Beyrouth) – Archive JT 08/08/2020 DIRECT Sophie Guignon Liban - Beyrouth - 08/08/2020 Visionnez gratuitement les vidéos du programme Journal télévisé - Sujet par sujet en streaming sur Auvio. Voir la vidéo Raconter le quotidien Aujourd’hui, le pays plonge chaque semaine un peu plus dans le gouffre. Tandis que la classe politique corrompue garde le pouvoir, les prix explosent (le prix de l’essence a augmenté de 550% depuis juin), les pénuries d’eau, de carburant, d’électricité sont nombreuses, et les citoyen·nes ont de plus en plus faim…."Être correspondante, c’est raconter le quotidien, et ce quotidien au Liban a radicalement changé. J’essaye de donner les clés de compréhensions aux gens à l’étranger qui ont eux- même leurs problèmes."

Reporter ou pas, elle aussi doit vivre dans ce chaos. "Les journalistes en ont marre, ils s’en vont. Moi aussi, très souvent, je me pose la question de rester ou partir. Tu passes tes journées à gérer des problèmes d’électricité, d’eau, d’internet et d’autres incidents qui viennent pimenter ton quotidien quand tu n’as pas besoin", explique-t-elle, alors qu’elle vient d’apprendre via WhatsApp que le système électrique défaillant de son immeuble a pris feu.

►►► Pour recevoir les informations des Grenades via notre newsletter, n’hésitez pas à vous inscrire ici"Mais soit on laisse le pays vivre un effondrement en silence parce qu’il n’y a plus de journalistes pour le raconter, soit on se dit que la population souffre, mais qu’au moins ça ne se passe pas en silence. Il y a des gens dans le monde qui peuvent agir pour aider. L’idée ce n’est pas de faire du journalisme humanitaire, mais c’est au moins de créer de l’empathie et des caisses de résonance, parce que des crises économiques, il n’y en a pas qu’au Liban. Aussi, on essaye de raconter les actions positives, les gens qui se bougent pour trouver des solutions."

À LIRE AUSSISituation économique catastrophique au Liban :"une des pires au monde depuis 1850", selon la Banque mondiale (reportage) Qu’on se le dise, la profession de reporter de terrain se féminise de plus en plus et l’on s’en réjouit. "Je me souviens d’une journaliste qui disait ‘il ne faut pas croire qu’au Moyen-Orient, être un homme soit un avantage en tant que journaliste...’ Et elle avait raison, quand tu es une femme, c’est souvent plus facile de négocier avec les militaires, d’avoir accès aux familles, aux femmes, au enfants, en particulier dans les milieux très conservateurs. J’avais aussi cette image clichée un peu viriliste du reporter, mais on peut mettre de la douceur plutôt que de la force pour débloquer des situations."

Son conseil aux personnes qui voudraient se lancer dans ce métier que l’on décrit souvent (et à juste titre) comme précaire et difficile :"Ne laissez personne vous décourager, surtout pas les vieux journalistes qui ont fait leur carrière à un moment où ce métier était une tout autre réalité. Croyez en vous, écoutez votre instinct et ce que vous voulez vraiment faire. Ne vous laissez pas enfermer dans une case."

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