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In Siré Kaba We Trust, créatrice d'une mode qui décloisonne

In Siré Kaba We Trust, créatrice d'une mode qui décloisonne

06-03-21 14:23:00

In Siré Kaba We Trust, créatrice d'une mode qui décloisonne

Dans cette série In… We Trust (en français : 'Nous croyons en'), Les Grenades vont à la rencontre de femmes arrivées là où personne ne les attendait. Pourquoi We Trust ? Parce qu’elles ont suivi leur passion, elles y ont cru. Et nous aussi. Des...

Le rendez-vous est donné à Molenbeek, à l’arrêt Comte de Flandres. On repère la créatrice de loin, Siré Kaba est stylée de la tête aux pieds. Elle ouvre les bras et affiche un large sourire :"Molenbeek, c’est un symbole, c’est ici que tout a commencé. J’y ai mon atelier, j’y travaille comme chargée de com’ au CPAS et j’y ai habité 16 ans". Nous nous asseyons au soleil sur la place communale, elle nous raconte son histoire… Fille de diplomate, avant d’arriver en Belgique à l’âge de 16 ans, elle a grandi entre le Guinée, le Ghana et la Tanzanie. Le mélange des cultures fait partie de son identité, elle se présente d’ailleurs comme une véritable zinneke.

Algérie : des milliers de personnes manifestent pour la libération des détenus d'opinion Affrontement entre bandes à Droixhe (Liège) : un tué par balle, rumeurs d'expédition punitive Les terrasses du Luxembourg sont pleines à craquer... malgré les 6° : 'Je suis en doudoune'

"Et nous alors ?" Si c’est à Molenbeek qu’elle a démarré, en tant qu’indépendante complémentaire son projet de mode éthique et métissée Erratum Fashion, l’envie de créer des vêtements lui est venue durant un voyage au Sénégal en 2014."J’avais complètement flashé sur des tissus, j’en ai ramené plusieurs dans ma valise sans pour autant savoir que j’allais créer une collection."

De prototype en prototype, Siré Kaba affine ses pièces, et réalise petit à petit que ses créations belges aux couleurs d’ailleurs portent en elles des récits de représentation. Elle se souvient du jour où elle a pris conscience qu’elle pouvait être actrice de changement :"C’était la journée internationale des droits de la femme 2015, il y avait une expo qui mettait à l’honneur les femmes d’Afrique. Ma fille avait adoré l’événement, moi aussi. En rentrant à la maison, elle est tombée sur un prospectus d’Océade. Elle l’a regardé, et tout d’un coup, elle a perdu son enthousiasme. Elle n’a plus rien dit. On était dans le métro, quand soudainement elle m’a demandé ‘Et nous alors ?’. Je ne comprenais pas, ‘nous quoi ?’ Elle m’a répondu : ‘Toi, moi, papa, on n’existe pas ?’ Sur le prospectus il n’y avait que des familles blanches, elle ne se reconnaissait pas. Ça a été horrible pour moi d’entendre ça, de réaliser qu’on était invisibles." headtopics.com

À ce moment-là, pour la créatrice tout fait sens :"Je me suis dit que ce que je voulais vraiment faire, c’était créer une marque belge, bruxelloise avec des tissus d’ailleurs." En 2015, elle sort sa première collection.

►►► Retrouvez en cliquant ici tous les articles des Grenades, le média de la RTBF qui dégoupille l’actualité d’un point de vue féministe Un vestiaire idéal Toutes ses pièces sont produites en Belgique, et les tissus sont achetés en Afrique. Siré Kaba travaille avec l’atelier de couture Vk du projet de welvaartkapoen, une initiative qui offre du travail aux personnes fragilisées, tout en boostant la création locale.

"Le coté sociale est hyper important pour moi. Il faut donner la chance à celles et ceux qui en ont moins. En plus, j’ai découvert qu’il y avait beaucoup de personnes d’origines étrangères qui y travaillent, dont plusieurs personnes d’Afrique de l’Ouest. Par rapport à mon projet, ça a beaucoup de sens. Par exemple, là, il y a un Guinéen, évidemment, quand j’apporte de l’indigo ça lui évoque des choses…"

Quand je dis que c’est une marque belge, parfois, on me regarde bizarrement… Les gens ont une idée bien précise de ce qu’est une marque belge, mais oui, c’est une marque belge inspirée par l’ailleurs, comme moi Siré Kaba travaille avec des imprimés et des matières qu’on associe souvent à l’Afrique tels que le wax (qui vient en fait d’Indonésie !), l’indigo ou le bazin. La base de ses collections est constituée d’intemporels qui se déclinent à l’infini au gré des tissus. Bombers, kimonos, manteaux, robes, jupes, accessoires… Le tout dans un esprit slow fashion en proposant de très petites séries. headtopics.com

Selon un rapport du groupe d'experts, la bulle sociale n'est pas respectée: le Belge francophone a en moyenne 5 contacts rapprochés Nucléaire : l'Iran a commencé à produire de l'uranium enrichi à 60% Anticorps monoclonaux : un 'énorme espoir pour les patients à très haut risque de développer un Covid sévère'

"Je veux produire un vestiaire idéal en proposant aux gens des pièces qui viennent d’ailleurs. La fast fashion, ça ne coûte pas cher et tout le monde ne peut pas se permettre d’acheter des pièces de créateurs et créatrices, mais en réduisant le nombre de pièces qu’on achète, on peut s’offrir des pièces qui portent en elles une histoire. C’est plus intéressant, plus personnel."

Des vêtements-rencontres "Moi, ce que j’adore, c’est la rencontre et avec ce projet tout est rencontre. Ce que je voulais, c’est que le vêtement puisse être un sujet de rapprochement des cultures." ►►► Pour recevoir les informations des Grenades via notre newsletter, n’hésitez pas à vous inscrire ici

Son objectif est de déconstruire les stéréotypes qui entourent son continent d’origine."Tu peux faire un test, tu prends quelqu’un dans la rue, tu lui dis ‘Afrique’, je suis certaine qu’il aura des images négatives comme la guerre ou la famine… Je me dis que si les gens portent de vêtements qui honorent ces pays, ça peut casser les stéréotypes."

Pour elle, le vêtement n’a rien de futile, la mode est même politique !"Nos vêtements disent beaucoup de nous. Si tu portes quelque chose que tu aimes bien, dans lequel tu te sens bien, et que tu apprends, par exemple, que le tissu vient du Sénégal, ça élargit ton champ de connaissance. Ça peut changer le sentiment négatif qui prend sa source dans l’ignorance." headtopics.com

Ce que je voulais, c’est que le vêtement puisse être un sujet de rapprochement des cultures Le nom de sa marque Erratum Fashion fait référence à"la correction des erreurs du passé", la correction des stéréotypes liés à l’Afrique."On efface et on écrit une nouvelle histoire", explique-t-elle en souriant.

À travers ses collections, Siré Kaba raconte une belgitude métissée."Quand je dis que c’est une marque belge, parfois, on me regarde bizarrement… Les gens ont une idée bien précise de ce qu’est une marque belge, mais oui, c’est une marque belge inspirée par l’ailleurs, comme moi."

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Positivité et moteur intérieur Comme pour tout le monde, la pandémie est venue bouleverser son activité."Avant, j’organisais des ventes privées ou je participais à des ventes de créateurs au Mad par exemple." Beaucoup d’événements ont été annulés, mais cette femme lumineuse n’est pas du genre à se laisser abattre. "Cette période a aussi été le moment de revenir vers moi, de faire ma petite révolution intérieure, de me demander ce qui me pousse à me lever tous les matins ? J’ai réalisé que ce que j’étais en train de faire avait du sens, que j’y croyais." Elle a par ailleurs participé à l’élan de solidarité national en offrant des masques au profit des femmes victimes de violence.

►►► A lire aussi : Fabrication des masques: la révolte des"petites mains" Pour le reste, rien n’arrête sa créativité. Et surprise…"In … we trust", le nom de notre série est également celui de son nouveau projet de t-shirts, actuellement en cours de confection. Trois modèles seront déclinés :"In diversity we trust","In feminism we trust","In anti-racism we trust". "Il y a des gens pour qui ces concepts sont encore compliqués et demandent un effort, mais on ne peut plus faire l’impasse là-dessus", explique-t-elle avec conviction.

Siré Kaba a par ailleurs cofondé le collectif NAW (New African Wave) pour promouvoir la mode, le design, et le lifestyle afropolitain."On a tendance à croire que la mode africaine ce n’est que le wax, mais non c’est tellement large : bijoux contemporains, sneakers haut de gamme et éthique, streetwear… Il y en a pour tous les goûts. On travaille avec Bozar dans le cadre de l’Afropolitan Festival, la prochaine édition aura lieu en juillet."

Maman de deux filles, chargée de communication à temps plein au CPAS de Molenbeek, créatrice de mode, entrepreneuse, programmatrice de festival… une vie bien remplie pour Siré Kaba."Il faut rester positive. À chaque fois que je doute, c’est comme si je recevais des petits signaux, que ce soit un appel, une cliente, quelqu’un qui porte une de mes pièces dans le bus… Toutes les personnes qui croient en moi, ça veut dire quelque chose..."

Et croyez-nous, In Siré Kaba We Trust et en son projet de vestiaire éthique et solidaire aussi !Pour suivre Siré Kaba : rendez-vous sur sa page Instagram, et également le weekend du 13 et 14 mars à l'événement Brols organisé par le Wolf Brussels de 13h à 19h, 50 rue Fosse aux loups à 1000 Bruxelles.

La série In... We Trust (Nous croyons en...) Si vous souhaitez contacter l’équipe des Grenades, vous pouvez envoyer un mail à lesgrenades@rtbf.be Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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